Théâtre

Les entretiens

La poésie, ça entretient…

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Un banc de square deux fauteuils en osier, une grande fenêtre, un ciel étoilé... Dans ce décor épuré de Driss Sans Arcidet, Isabelle Luccioni met en scène les rencontres de deux hommes d’exception, le poète Charles Juliet, interprété par Alexandre Trijoulet, et le peintre Bram Van Velde (1895-1981) joué par René Gouzenne.
" Les deux artistes se sont fréquentés pendant 13 ans, entre 1964 et 1977 c’était une vraie rencontre "amoureuse", mais sans équivoque ", raconte Isabelle Luccioni. " Charles Juliet était fasciné par le peintre et il raconte qu’au début ces rendez-vous le terrorisaient, parce que Van Velde ne disait rien, pendant des heures et des jours. Et puis ; petit à petit, il a commencé à parler. Chaque fois, en rentrant chez lui, Charles Juliet consignait ces entretiens dans son journal ". Le texte du spectacle est tiré du journal de Charles Juliet, un livre de chevet pour beaucoup d’amateurs de poésie, que l’on trouve en collection de poche. " C’est un témoignage de vie, un texte très humain, qui peut toucher tout le monde ".

Isabelle Luccioni a découpé ce texte en séquences, comme un film, et demandé à Bernardo Sandoval, le guitariste flamenco et à Haris Resic, musicien d’origine yougoslave, de composer la musique du spectacle. Les deux musiciens inventent un autre dialogue, les chants comme les nationalités se mélangent.

S. R.
N°33 – Supplément de " LA DEPECHE DU MIDI " du mercredi 24 mai 2000

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Promenade sur les sentiers de la création
C’est le dernier soir et c’est un spectacle magique. Avec René Gouzenne et Alexandre Trijoulet.

On marche sur un lit de feuilles mortes, l’endroit ressemble à un square : Un banc de bois fatigué s’offre aux promeneurs. Derrière, une immense toile d’artiste, présentée à l’envers, pend des cintres. Dans un angle, un salon en rotin réduit au minimum attend ses hôtes. Rien d’étrange dans cet assemblage hétéroclite ; nous sommes au théâtre. Driss Sans Arcidet dit Musée Khômbol, plasticien toulousain s’est un instant transformé en décorateur et a imaginé ce poétique décor pour servir de cadre aux " Entretiens de Bram Van Velde (1895 1981), peintre contemporain à la démarche hors norme".

Le spectacle est adapté et mis en scène par Isabelle Luccioni (dont on connaissait déjà Une trop bruyante solitude, de Hrabal). René Gouzenne y campe un Bram Van Velde vieillissant, fragile et vulnérable, tout en retenue. Le jeune Alexandre Trijoulet est si magnifique de sensibilité, de délicatesse et de tendresse humaine dans le rôle de Charles Juliet, l’écrivain, qu’on ne sait plus par moments où finit la réalité, où commence la fiction. Les deux comédiens rendent merveilleusement sensible l’amitié des deux personnages réels qu’ils ressuscitent.

Bernard Sandoval, le guitariste de flamenco bien connu, et Haris Resic prennent par moments le relais des mots pour prolonger dans la musique le voyage hors du monde de ces deux aventuriers de l’art. La musique traduit la solitude du peintre, l’indicible de l’art, l’attente de la toile dont la naissance doit survenir sans contrainte, l’humilité de l’artiste qui n’est qu’un passeur impuissant.

Le texte est d’une incomparable clairvoyance. Il traverse les apparences pour ne faire émerger que des révélations fondamentales. On ressort de ce spectacle avec le regret de le voir déjà terminé et dans l’impatience d’en relire le texte.

Les Entretiens, d’après les rencontres de Chartes Juliet avec Bram Van Velde, au TNT dans le cadre de la manifestation " Mille Milliards de poèmes ", ce vendredi 26 mai à 22 h 30 dans le petit théâtre.

A. H.
Article paru dans " LA DEPECHE DU MIDI " du vendredi 26 mai 2000.